L'orpaillage en guyane française.



Savez-vous vraiment ce qui se passe dans le fond de la forêt amazonienne ?

[Orpailleur (étymologie) : mot dérivé de harpailleur, mot existant en 1532 dans le Pantagruel de Rabelais désignant un gueux, un brocanteur ou un mineur et ,croisé avec or, pour devenir dès 1611 arpailleur « celui qui cherche de l'or » et vers 1690 « celui qui recherche de l'or sur le bord des rivières » et enfin orpailleur.]

La Guyane, 90000 km² de forêt pluviale primaire. La seule infrastructure routière existante est développée le long de la côte, l'intérieur est une vaste contrée de non loi, un endroit ou les gendarmes ne s'aventurent guère et seulement sur réquisition de l'état, souvent en compagnie de la légion étrangère pour y faire des opérations anti-orpaillage appelées «opérations anaconda».

Dans ces 90000 km² l'orpaillage clandestin sévit tranquillement. Les « garimpeiros »*brésiliens y sont chez eux. Leur population est estimée à plus de 10000 âmes, plus de 10000 personnes sans papiers qui exploitent de façon illégale l'or sur le territoire français. On croit rêver.

Et pourtant, en 2004 au lieu-dit Dorlin, la gendarmerie a détruit au cours d'une opération anaconda un véritable village de clandestins avec plus de 1000 habitants fixes et des centaines de vagabonds. Les vagabonds sont souvent équipés d'un détecteur de métaux, le piupiu par analogie avec le bruit qu'il émet lors de la découverte d'un bout de métal, avec lequel ils repèrent les pierres incrustées d'or ou bien les pépites, très souvent aussi les vieux clous et boulons rouillés.

Ils se promènent dans la forêt de « garimpo » en « garimpo »*parfois plusieurs années d'affilées sans rentrer chez eux ou même retourner à la civilisation pour manger un hamburger ou se faire une toile. Ils se ravitaillent en nourriture et en piles pour leurs engins dans les nombreuses « curuteis »*qui jalonnent leur parcours et souvent traversent la Guyane de part en part, du Brésil au Suriname, et vis versa.

Les habitants fixes de ces villages clandestins sont les personnes qui travaillent avec une pompe à eau et exploitent les lits des fleuves et les commerçants, tenanciers de bouges où se louent les compagnes d'une nuit, parfois très jeunes et étonnamment jolies, souvent laides et plus très fraîches pour un prix variant de 5 à 20 grammes d'or (75 à 300 euros) au cours actuel de l'or (10/2007). Où la canette de bière brésilienne, 350ml, se vend 0.5 gramme (7.5 euros), la bouteille de (mauvais) whisky surinamais ou brésilien 4 grammes (60 euros), et enfin le poulet congelés de 1.2 kilo 1.5 gramme, cela fait cher le kilo de mauvaise volaille. (Ce sont les prix actuels, 10/2007, pratiqués dans la région de Dorlin). Ici toutes les affaires se règlent en or, le commerçant sort sa petite balance électronique et le client sa « casave »* ou ses pépites. Et l'on découpe l'or en petits morceaux du poids désiré.

De plus en plus rare mais encore existant, la cigarette, 1gramme, en contrepoids sur une petite balance à balancier. Un mini plateau relié par une chaînette à chaque extrémité du balancier, sur l'un des plateaux l'or, sur l'autre les cigarettes.


(Je crois avoir oublié de préciser qu'il y a 12 ans que je suis ce que l'on appelle communément en métropole un « chercheur d'or ». J'ai commencé comme clandestin, ben oui, et je suis aujourd'hui responsable d'un site d'exploitation d'or primaire pour une société cotée en bourse, je sais de quoi je parle pour avoir tâté des 2 côtés de la barrière, je connais le site de Dorlin (latitude N3°45' longitude W53°32') depuis 1997 et j'y suis aujourd'hui.)

Pour revenir à nos amis garimpeiros clandestins, ils sont très souvent Brésiliens et parfois d'autres nationalités d'Amérique du Sud, ils sont toujours illettrés mais pas sans sagesse, et ils sont toujours exploités par de plus intelligents qu'eux qui vivent à leur crochet en forêt, j'ai nommé les patrons des boutiques clandestines. Si vous voulez gagner de l'argent en travaillant dans l'or, vendez aux orpailleurs ce dont ils ont besoin au fin fond de la forêt, ils paieront cash pour ne pas devoir perdre leur temps en de difficiles et dangereux voyages vers la ville. (La plus proche de Dorlin est Maripasoula à environ 50 kilomètres à vol d'oiseau, 6 heures de pirogue sur le Petit Inini, avec un barrage de gendarmerie à moins d'une heure de l'arrivée). Et quand bien même, dans les villes du centre de la Guyane, là où l'orpaillage bat son plein, les commerçants sont des voleurs. Par exemple, l'or valait en 2006 10€ le gramme, il vaut actuellement 14 € le gramme mais les commerçant le change toujours à 10 contre leur marchandise. 3 bières au gramme ou bien 3 bières pour 10 euros. Là ils se gavent les enfoirés car tout le monde paye en or, du moins 95% de la clientèle fidèle. Un fût de gasoil acheté pas cher au Surinam peut atteindre le prix de 100 grammes pour peu que vous soyez un rien éloigné des centres de vie et que les gendarmes surveillent un peu les voies d'approvisionnement, souvent les cours d'eau, et 100 grammes au cours du gramme en forêt, revendus en ville plus ou moins 1400€. Belle opération pour 200 litres de gasoil de pas très bonne qualité et souvent mélangé d'eau,... non ?

Mais sans gasoil comment faire fonctionner les moteurs des pompes à eau et des pompes à gravier qui 7 jours sur 7 vont aspirer les sables minéralisés des lits des cours d'eau. Il y a ici deux signification au mot lit du cours d'eau : le lit proprement dit, la rivière étant alors détournée par un canal en pied de colline, ou le flat, c'est-à-dire la surface que le cours d'eau occupe lorsqu'il est en crue et où il dépose des sédiments, de pied de colline à pied de colline.

*Garimpo : de garimpar en portugais qui veut dire rechercher fouiller. C'est par dérivation l'endroit ou le garimpeiro (chercheur d'or) travaille.

*Curutel, pluriel curuteis : petits villages de commerçants clandestins installés autours des garimpos où l'on trouve de tout à des prix fous.

*Casave : Or amalgamé et dont la quantité de mercure a été réduite à environ 4 à 6%. 100 grammes de casave donnent entre 92 et 96 grammes d'or « pur », parfois moins. La casave est en fait une galette de manioc et l'on a appelé cet or cuit casave en raison de la ressemblance de sa texture avec celle de la casave comestible.

par Axel Marit (04/12/2007)
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